Les enfants et leurs peurs

Le Loup-sous-le-lit, le Fantôme-du-placard, le Chien-mangeur-d’enfant du voisin, la Mygale qui a fait un nid dans le tiroir du bureau, le Chat-Garou qui vit dans la cave de l’immeuble…. Et au milieu de cette assemblée de monstres plus dangereux les uns que les autres, il y a votre enfant. Il est terrorisé, se lève 15 fois par nuits, refuse de vous aider à jardiner à cause des insectes, vous arrache le bras à chaque fois que vous croisez un caniche en laisse… Et j’en passe. Vous avez beau le raisonner avec votre esprit très pragmatique et censé, rien n’y fait. Normal, vous parlez avec vôtre tête et lui n’écoute que ses émotions. Mais alors que faire?

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Qu’est ce que la peur?

Avant tout, commençons par comprendre qui elle est. C’est une émotion tout à fait normale et saine puisqu’elle alerte toutes les espèces d’un danger et donc par réflexe, lui fait adopter le comportement adéquat: la fuite, le camouflage ou la défense. Alors comment nait-elle?

Les émotions sont stockées, traitées et gérées dans le système limbique, qui est un ensemble de structures cérébrales situées au centre du cerveau, sous le néocortex. Lorsqu’une personne est face à ce qu’elle considère comme un danger, un stimuli va parcourir le système limbique. Il va être reçu par le Thalamus qui va traduire ce message et l’envoyer vers les amygdales, qui est au centre du circuit cérébrale de la peur, via 2 circuits: long (Raisonné) ou court (Primaire).  L’amygdale est une structure essentielle dans la perception et le décodage des émotions, en particulier liées aux stimulus menaçants pour le corps.

Le circuit long sera privilégié si le danger n’est pas considéré comme important alors que le circuit court générera une sécrétion d’adrénaline plus importante pour mettre le corps en mouvement.

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Quand cette émotion décide t’elle de s’installer dans notre tête?

C’est un réflexe naturel qui est présent dès la naissance (circuit primaire).  Ce n’est que vers 2 ans, lorsque l’imaginaire se développe et prend une place plus importante dans la vie de l’enfant le circuit long se met en place. Jusqu’à 5 ans environ, ses peurs n’auront pour limites que sa propre imagination. Je me souviens d’une fois où ma fille de 3 ans a fait une terreur nocturne. Lorsque nous l’avons progressivement ramené à la « surface », elle divaguait et nous racontait qu’elle avait peur parce que les petits pois ne voulaient pas renter dans la boite…… Bref, ce sont des Peurs Irrationnelles. Et si elles vous paraissent surréalistes (je vous assure que l’image des petits pois retors m’a fait mourir de rire), n’oubliez jamais que pour eux, l’émotion ressentie est aussi forte que si vous vous retrouviez en plein crash aérien! Il est important de ne pas minimiser pas ce que votre enfant éprouve.

A partir de 5 ans, l’enfant commence à posséder davantage de compréhension de son environnement et ses peurs deviennent plus concrètes: peur d’un accident de voiture, peur d’un incendie dans la maison, peur que le chat se fasse écraser parce qu’il n’est pas rentré, peur de ne pas arriver à réciter sa poésie à l’école, et j’en passe. En fait il commence à avoir des peurs « d’adultes ». La grosse difficulté réside dans le fait qu’il ne possède pas encore assez de recul et de discernement. Les émotions le submergent donc directement et la peur prend une ampleur que l’on jugerait une fois de plus disproportionnée. Il faudra attendre l’entrée dans l’adolescence pour que sa compréhension des risques soit plus mature et qu’il soit en mesure de graduer sa réponse émotionnelle.

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Mais la fin de l’enfance signe aussi l’arrivée de certaines angoisses irrationnelles et surtout des phobies. Peur que des voleurs rentrent pour assassiner toute sa famille, peur qu’un ouragan vienne dévaster votre maison, peur de mourir alors qu’il est en parfaite santé,.. Quant aux phobies, certaines étaient ses peurs d’enfants qui se voient amplifiées (araignées, chiens, ascenseurs, serpents…) et d’autres sont toutes neuves comme les phobies sociales, scolaires, médicales,..

 

La peur: aussi une affaire de famille!

Les peurs innées: Parce que oui, la peur ça se transmet. Et même super facilement. Des études, dont la dernière de la faculté de médecine de l’Université d’Emory, à Atlanta, prouvent que certaines informations pouvaient être biologiquement héréditaires grâce à des modifications chimiques qui se produisent dans l’ADN. Selon The Telegraph, le Dr. Brian Dias, du département de psychiatrie à l’Université d’Emory, a déclaré :« D’un point de vue translationnel, nos résultats nous permettent d’apprécier la manière dont les expériences d’un parent, avant même d’avoir conçu la progéniture, influencent considérablement la structure et la fonction du système nerveux des générations futures.
Un tel phénomène pourrait contribuer à l’étiologie et à une potentielle transmission intergénérationnelle de risques de troubles neuropsychiatriques tels que les phobies, l’anxiété et le trouble de stress post-traumatique. »

La recherche à également prouvé très récemment  que certaines violences physiques ou émotionnelles vécues jusqu’à 3 générations antérieures laissaient des traces dans la chaines ADN d’un enfant, modifiant au passage son comportement réflexe face à certaines situations…

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Les Peurs Acquises: Ce sont les peurs que l’enfant va développer sans que la génétique n’intervienne. Vous savez lorsque Maman, qui va donner le bain à son petit dernier, appelle Papa en hurlant parce qu’il y a une grosse araignée noire dans la baignoire, ou que Papa tire très fort sur le bras de sa fille parce qu’ils croisent un monstrueux labrador baveux au marché et vu qu’il s’est fait mordre gamin, il vaut mieux se méfier… C’est ce que l’on appelle l’Ancrage en PNL . Le simple instinct de protection parental va être perçu par l’enfant comme l’injonction de ne surtout pas s’approcher des araignées ou des chiens car ils représentent un danger. Le cri ou la poigne plus ferme vont ancrer de manière auditive ou kinesthésique cette peur directement dans son cerveau. Et soyez assurés qu’à chaque faucheuse au plafond ou chaque bichon croisé, le mécanisme de la peur se mettra en marche. Une peur est née!

Alors je vous rassure, certaines des peurs que l’on ancre chez nos enfants sont utiles. Par exemple, vous vous promenez en famille sur des falaises à la plage et vous voyez votre enfant qui s’approche du bord. Vous hurlez! Il se retourne, vous voit courir vers lui et découvre vos visages terrorisés. Il a peur, se fige se met à pleurer. Il ne le sait pas encore mais vous avez ancré en lui le réflexe de ne jamais s’approcher du bord d’une falaise parce que c’est dangereux.

Et pour clore ce chapitre,  n’oubliez pas qu’il y a également ces angoisses qu’il va créer tout seul, sans votre aide, simplement parce qu’il a joué à un jeu trop violent sur la console du copain ou qu’il a vu à la télévision un film ou dessin animé qui n’était pas de son âge. Un exemple? Faire regarder Men In Black à un enfant de 7 ans, c’est lui garantir le retour des monstres dans sa chambre. Certifié!

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Et donc, on en fait quoi de ces peurs?

En résumé, un enfant élevé par des parents anxieux et/ou surprotecteur aura beaucoup plus de chance d’être « peureux » qu’un enfant a qui on a laissé plus de liberté pour faire ses propres expériences (tout en sécurité). Et un enfant à qui on ne prête pas assez attention n’aura pas suffisamment de cadre rassurant pour se construire et avoir confiance. L’équilibre est donc fragile.

Quelques conseils: Soyez présent, pas étouffant. Gardez vos craintes pour vous, elles vous appartiennent. Permettez lui de vivre ses propres expériences, même si vous êtes terrorisé à l’idée qu’il glisse parce qu’il court sur le parquet. Expliquez lui les risques, simplement, avec calme, et si il tombe, ne le culpabilisez pas, accueillez sa peine (il vient d’échouer devant vous!), et questionnez le sur la meilleure manière de faire la prochaine fois. Puis face à ses peurs, quelles qu’elles soient, rassurez le. Questionnez le sur ce qu’il ressent. Ne le jugez pas ou ne minimisez pas son ressenti. Soyez juste là, à l’écoute, et accompagnez le, bienveillant et vous verrez que certaines angoissent disparaitront toutes seules.

Les enfants ont une mine de ressources en eux et ont la capacité d’en créer de nouvelles pour mettre en place les stratégies les plus pertinentes afin de trouver l’équilibre. Faites lui confiance et il aura confiance!

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Et si certaines peurs s’accrochent, n’hésitez pas à faire appelle à un professionnel de l’accompagnement. Il possède une boite à outil très variée adaptée à chaque situation.

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